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« Mwana Mundele Suki Lala »

Les cheveux du petit blanc dorment - {lingala}  









Des années durant, dans les cours d’école de Kinshasa, j’ai prononcé cette phrase en regardant la coiffure de mes petits camarades européens _ «Les cheveux du petit blanc dorment» _
Lisses, malléables, quand les miens ont du être domptés…
Défrisage, tressage, méchage. Sinon le quotidien, du moins une habitude pour toutes les Africaines du monde entier. Une norme que j’ai toujours trouvée banale. Nous changions bien de vêtement à l’occasion des deuils, des baptêmes, des mariages, des naissances, anniversaires ou soirées.

Se coiffer allait de pair et s’apparentait à un changement drastique de texture, de couleurs, de forme. Voir ma grand-mère enfiler sa perruque de mariage ou de deuil. Mon quotidien. Masquant ainsi ses magnifiques cheveux sous un apparat synthétique pour affirmer encore plus sa beauté. Pour être « présentable » et plus conforme aux canons de beauté que l’Afrique a hérité du monde occidental. Cette pratique ancienne n’est arrivée sur le continent noir qu’avec l’esclavage et sa fille, la colonisation. Les postiches et perruques étaient l’apanage des blancs, aux toilettes majestueuses, dont la coiffe était le pinacle. A elle seule, pouvait se distinguer le rang social. Un idéal de beauté, une majesté qui, avec le temps a imprégné nos codes, écrasant les précédents, et créant un idéal esthétique inatteignable.

Des cheveux lisses et longs, blonds, chataîn, roux… Et surtout pas, frisés, crépus, libres... Inconsciemment ou consciemment considérés comme des tares pour les femmes africaines. Pour moi.
C’est à 10 ans que tout a commencé. L’âge où la recherche de la féminité, de l’idéal de beauté, a coïncidé avec mon premier défrisage. Accueilli presque comme un rite de passage, l’entrée dans le monde des femmes… Malgré les risques de perte de cheveux et les contraintes, le cérémonial est entré dans ma vie pour n’être interrogé que 20 ans après, à l’aube de la trentaine.

Un mélange de lassitude, de flemme et d’introspection. Pourquoi vouloir singer les beautés blanches? C’était décidé, le défrisage serait banni. Un début de combat contre mes propres perceptions. Les premiers regards, les premières remarques, les premières soirées pèsent… Du « bah alors? Tu ne t’es pas coiffée? » de parents inquiets à l’agressif « espèce de guenon » lancé par une serveuse africaine…
Des remarques en miroir à ma propre perception de la beauté; moi qui n’avais jusqu’alors jamais lié beauté et cheveu crêpu. Le combat est lent, long et dur. Une acceptation de soi-même à petit pas qui aboutit à une réappropriation de la coiffe mais sans radicalité. Sans renier finalement ces rajouts, ces perruques qui font maintenant partie de mon histoire et de mon quotidien beauté. Il est vain d’en nier l’existence.

Ce combat, SUKI en illustre les batailles, les conflits.
Confronte les contradictions, l’idéal féminin face à ses origines.
La normalité de chaque code beauté face à celle des autres tout en explorant toutes les techniques visant à asservir tout un continent par le cheveu. La série photographique révèle aussi l’Afrique actuelle, émancipée mais partagée, tiraillée entre culture imposée, réappropriation et détermination à construire enfin un avenir.

SUKI, comme cheveu en lingala. SUKI parce que je suis congolaise. SUKI en forme d’exutoire. Mon exutoire.


































SERIE _lies & pills_



    ︎ Pascal Beugre Tellier       
      danseur, réalisateur       
      (portrait) Paris, 2018
     
      _________La douleur est là. Omniprésente. Lancinante. Des brûlures de cigarettes.
Elle me consume. Ça fait mal. Un petit peu. Un petit peu trop même... Un peu. Beaucoup.
A la folie... Alors je mens. Tellement. Un expert. Amoureuse de mes propres mensonges, je suis un homme qui aime et nie ses tromperies. Je devrais arrêter. Être une fille bien, un homme respectable. Quelqu’un de vrai, En accord avec son temps. Je dois prendre mes responsabilités et contribuer au monde dans lequel je vis. Je suis un homme moderne, une femme libérée avec des opinions... Pure chimère... Si tu m’aimes, c’est que tu aimes ce mensonge qui me donne envie de vomir tous les jours. Vite! Où sont mes médocs? Je les prends pour dormir. C’est délicieux! Une pilule pour ne plus voir ton visage. Une, Pour ne plus voir ce monde. Une autre pour ne plus te mentir… me mentir. J’essaie d’être vrai, comparé à... comparé à qui d’ailleurs? Je vais où? Je dis quoi? J’ai aucune indication là! Aucune rime sur laquelle rebondir. Aucune cause à laquelle me raccrocher. Aucun combat à mener? Je suis né avec des exigences, des principes, mais je ne les comprends pas. Je sais où je suis né. Je sais d’où je viens. Le creux de ces reins qui m’ont mis au monde, J’en connais les recoins. Je ressens la douleur de la femme qui m’a fait « être », sa force aussi... Mais je ne la connais pas. Pas vraiment. C’est peut-être pas la même douleur d’ailleurs. Mais elle est là, la douleur.
La douleur est là,
la pilule aussi... mais elle est difficile à avaler | paris 2018, la furie_         
    








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