Moi à 7 ans avant le rituel capilaire qui a changé ma vie...
    
SERIE : S U K I
             
       

             2018

        TECHNIQUE:
        photomontage & collage,
        impression pigmentaire sur papier baryté


        Photos Numérotées [Edition limitée]
        ENCADREMENT: ossature bois










            « Mwana Mundele Suki Lala »

    Les cheveux du petit blanc dorment - {lingala}  

             
   

english version︎

         
Des années durant, dans les cours d’école de Kinshasa, j’ai prononcé cette phrase en regardant la coiffure de mes petits camarades européens _ «Les cheveux du petit blanc dorment» _
Lisses, malléables, quand les miens ont du être domptés…
Défrisage, tressage, méchage. Sinon le quotidien, du moins une habitude pour toutes les Africaines du monde entier. Une norme que j’ai toujours trouvée banale. Nous changions bien de vêtement à l’occasion des deuils, des baptêmes, des mariages, des naissances, anniversaires ou soirées.

Se coiffer allait de pair et s’apparentait à un changement drastique de texture, de couleurs, de forme. Voir ma grand-mère enfiler sa perruque de mariage ou de deuil. Mon quotidien. Masquant ainsi ses magnifiques cheveux sous un apparat synthétique pour affirmer encore plus sa beauté. Pour être « présentable » et plus conforme aux canons de beauté que l’Afrique a hérité du monde occidental. Cette pratique ancienne n’est arrivée sur le continent noir qu’avec l’esclavage et sa fille, la colonisation. Les postiches et perruques étaient l’apanage des blancs, aux toilettes majestueuses, dont la coiffe était le pinacle. A elle seule, pouvait se distinguer le rang social. Un idéal de beauté, une majesté qui, avec le temps a imprégné nos codes, écrasant les précédents, et créant un idéal esthétique inatteignable.

Des cheveux lisses et longs, blonds, chataîn, roux… Et surtout pas, frisés, crépus, libres... Inconsciemment ou consciemment considérés comme des tares pour les femmes africaines. Pour moi.
C’est à 10 ans que tout a commencé. L’âge où la recherche de la féminité, de l’idéal de beauté, a coïncidé avec mon premier défrisage. Accueilli presque comme un rite de passage, l’entrée dans le monde des femmes… Malgré les risques de perte de cheveux et les contraintes, le cérémonial est entré dans ma vie pour n’être interrogé que 20 ans après, à l’aube de la trentaine.
Un mélange de lassitude, de flemme et d’introspection.
Pourquoi vouloir singer les beautés blanches? C’était décidé, le défrisage serait banni. Un début de combat contre mes propres perceptions. Les premiers regards, les premières remarques,
les premières soirées pèsent… Du « Tu ne t’es pas coiffée? » de parents inquiets à l’agressif « espèce de guenon » lancé par une serveuse africaine… 


 




     






Des remarques en miroir à ma propre perception de la beauté;
moi qui n’avais jusqu’alors jamais lié beauté et cheveu crêpu.
Le combat est lent, long et dur. Une acceptation de soi-même à petit pas qui aboutit à une réappropriation de la coiffe mais sans radicalité. Sans renier finalement ces rajouts, ces perruques qui font maintenant partie de mon histoire et de mon quotidien beauté. Il est vain d’en nier l’existence. 

Ce combat, SUKI en illustre les batailles, les conflits.
Confronte les contradictions, l’idéal féminin face à ses origines.
La normalité de chaque code beauté face à celle des autres
tout en explorant toutes les techniques visant à asservir
tout un continent par le cheveu.

SUKI incarne l’Afrique moderne. Tiraillée entre ouverture au monde, respect de sa culture et reconquête de ses racines, elle jongle avec les codes imposés par l’Occident. Un dialogue aux allures de combats, entre injonctions maternelles, diktats modernes,
dont la série SUKI narre les escarmouches.


SUKI, comme cheveu en lingala.
SUKI parce que je suis congolaise. SUKI en forme d’exutoire.
Mon exutoire.




































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